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Blog du Comité
des sans papiers 59

Manifestation 
tous les mercredi
Place de la République 
à Lille, 18 heures 30


Régularisation
de tous les Sans Papiers!

42 rue Bernos
59800 Lille-Fives
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"La république à l'école
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adressez vos chèques
à IDM, 42 rue Bernos
Lille-Fives
(24 euros)















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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 19:57

Trajectoire et devenir des anciens Sans Papiers » Edition L’Harmattan - Préface d’E. Terray


Prix : 20 euros  +  frais d’envoi : 4 euros = total : 2 4 euros

Pour commander l’étude, adressez vos chèques à IDM (Immigration et Droits des Migrants), 42 rue Bernos, 59.800, Lille-Fives

 

Il faut féliciter Saïd BOUAMAMA et l’équipe de chercheurs et de chercheuses qui ont travaillé avec lui de la belle enquête qu’ils ont réalisée sur Le devenir des anciens sans-papiers. Il faut de même remercier le Collectif des Sans-Papiers 59 et les associations IDM et Collectif Afrique d’avoir publié cette enquête : elle introduit la lumière du savoir vérifié dans un domaine tout envahi jusqu’à présent par les préjugés, les idées fausses, les fantasmes et les contre-vérités délibérées.

Sur un total de quelque huit mille personnes qui ont à ce jour obtenu leur régularisation par l’intermédiaire du CSP 59, les enquêteurs ont constitué selon les règles de l’art un échantillon de 209 personnes (149 hommes et 60 femmes). Ces personnes ont répondu à de multiples questions concernant leur origine, les raisons de leur migration, les circonstances de leur arrivée en France, les conditions de vie qu’elles ont connues au temps où elles n’avaient pas de papiers, et leur situation économique et sociale après leur régularisation. Leurs réponses forment ensemble  un document du plus haut intérêt : même s’il n’est sans doute pas totalement représentatif de la population considérée à l’échelle nationale – les sans-papiers interrogés sont principalement Algériens, Guinéens, Marocains, Camerounais, Congolais et Sénégalais ; on notera l’absence des Européens de l’Est et des Turcs, et la très faible représentation des Asiatiques – ce document nous apporte un éclairage précieux sur les deux « groupes » - Maghrébins et Africains – qui constituent le gros de l’immigration en France. Plutôt que de résumer un texte très riche et très complexe, j’aimerais présenter rapidement les enseignements que, pour ma part, j’en ai tirés.

Enseignements de méthode tout d’abord. On se rappelle que dans La Misère du Monde, Pierre Bourdieu avait dénoncé le mythe du chercheur « neutre », « objectif », « impartial », sachant « garder ses distances » vis-à-vis des populations étudiées ; et il avait souligné que, si le chercheur veut obtenir de ses interlocuteurs autre chose que des stéréotypes et des idées reçues, alors il doit, non seulement établir avec eux un rapport d’amitié et de confiance, mais leur témoigner sa sympathie, montrer qu’il partage leurs soucis, leurs angoisses, leurs souffrances et leurs espoirs : il s’agit là d’une condition nécessaire pour recueillir une « parole vraie ». Saïd BOUAMAMA et ses collaborateurs confirment pleinement le bien-fondé de cette recommandation : non seulement il n’y a pas d’opposition entre la participation militante des chercheurs et la qualité scientifique de la recherche, mais la première apparaît bien comme l’instrument privilégié de la seconde. En d’autres termes, c’est parce que les chercheurs se sont engagés avec les sans-papiers qu’ils ont pu accéder à leur univers et à leur vérité.

En second lieu, l’enquête nous permet de mettre à mal quelques idées aussi fausses que reçues. Et tout d’abord le tristement célèbre cliché  sur « la misère du monde » qui s’apprêterait à déferler chez nous : or il apparaît que la quasi-totalité des personnes interrogées sont d’origine urbaine ; que 47% d’entre elles possèdent un diplôme égal ou supérieur au baccalauréat ; que de par les professions très diverses qui étaient les leurs avant leur départ, elles appartiennent pour la plupart à la classe moyenne ; qu’enfin beaucoup d’entre elles maîtrisent la langue française avant même d’arriver en France. On est donc bien loin du « raz-de-marée » des pauvres : en réalité, comme le dit fort bien le rapport, les pauvres meurent ou survivent chez eux, car ils ne disposent pas des ressources matérielles et culturelles requises pour partir.

Autre cliché : celui d’un recours massif aux mariages blancs, et celui d’une procréation instrumentalisée d’enfants français, à seule fin d’obtenir un titre de séjour. En réalité, l’échantillon ne compte que 43% de personnes mariées ; et 60% d’entre elles étaient mariées avant d’émigrer ; seules 13% ont un conjoint français. D’autre part, seules 20% des personnes interrogées ont des enfants français.

Dernier cliché : celui d’un rôle capital des passeurs et des filières dans l’immigration dite irrégulière. En fait, 69% des personnes interrogées sont entrées de façon tout à fait régulière sur le territoire français, avec un visa de court séjour. Et lorsqu’on reconstitue les parcours accomplis par les sans-papiers, on constate que la quasi-totalité d’entre eux sont parvenus en France individuellement, en affrontant seuls les épreuves du voyage.

Un troisième apport majeur de l’enquête est la mise en évidence d’une nouvelle immigration. On se rappelle que, dans La double absence, Abdelmalek SAYAD avait distingué deux vagues d’immigration différentes et successives : la première était organisée par la communauté ; elle était faite de gens qui partaient sans leur famille – c’est pourquoi les sociétés d’accueil les désignaient comme « célibataires » - qui envoyaient « au pays » l’essentiel de l’argent gagné, et qui revenaient chez eux au bout de quelques années ; la seconde était au contraire formée par des gens qui désiraient échapper à l’emprise de leur communauté, qui partaient en couple ou en famille, qui envisageaient une installation de longue durée, et qui, à cette fin, conservaient par devers eux leurs gains. Ces deux émigrations existent toujours, mais une troisième catégorie vient désormais s’ajouter à elles : à la différence de leurs devanciers, les membres de cette catégorie appartiennent, on l’a vue, à la classe moyenne ; ce sont de « vrais célibataires » ; enfin ils n’ont ni famille ni relations pour les attirer sur le territoire français ; ils font preuve d’une très grande capacité de mobilité et d’adaptation ; enfin ils n’ont aucun projet de retour.

Que représente et que signifie cette troisième catégorie ? Elle incarne la forme que prend la migration à l’époque de la mondialisation, sous un double rapport : en premier lieu, le départ des intéressés est l’effet direct ou indirect des processus de désagrégation économique et sociale provoqués dans leur pays natal par la mondialisation ; en second lieu, leur mobilité et leur aptitude à l’adaptation montrent qu’ils assument pleinement les exigences d’un temps et d’un monde où désormais tout circule…

Un quatrième enseignement concerne la vie passée et présente des sans-papiers. Avant d’être régularisés, les sans-papiers connaissent d’abord la peur, quotidienne et lancinante : comme le dit très bien l’un des « interviewés », le sans-papiers est « comme un animal qui a peur du piège » (P.119). Il souffre par ailleurs de « désaffiliation », au sens donné à ce terme par Robert CASTEL : il est séparé de sa famille : quand bien même il communique de temps à autre avec elle, il lui cache sa véritable situation, afin de ne pas l’inquiéter. Enfin, la précarité de sa condition lui interdit de se projeter dans l’avenir, et il est contraint de vivre au jour le jour, avec tout ce que cela implique d’incertitudes et d’angoisses. Dans cette perspective, le Collectif de sans-papiers apparaît, non seulement comme l’instrument d’une éventuelle régularisation, mais comme la voie retrouvée d’une appartenance sociale et d’une solidarité agissante : le Collectif, c’est la fraternité renouée, c’est la dignité reconquise, quelle que soit l’issue finale de la lutte.

Enfin, l’enquête souligne très justement les vices de la régularisation telle que la pratique actuellement l’administration. On le sait, elle consiste en l’attribution d’une « carte de séjour temporaire » d’une durée d’un an, renouvelable selon le bon plaisir des préfectures, et qui peut effectivement être renouvelée plusieurs années avant l’octroi d’une carte de résident. Il est en effet évident qu’une telle carte enferme ceux qui en « bénéficient » dans la précarité la plus totale ; elle leur interdit de signer des baux de trois ans, d’obtenir un CDI, de se voir accorder un prêt, d’accéder à une formation ; plus généralement, elle freine considérablement l’accès aux droits qui sont la conséquence normale de la régularisation. Après une première période d’euphorie, le sans-papiers régularisé se retrouve bientôt confronté au provisoire, à l’impossibilité de monter un projet. Il se croyait libéré et il constate qu’il reste, à peine moins qu’avant, un individu de seconde zone.

On voudrait que Le devenir des anciens sans-papiers soit lu par un très large public : par les militants et par les chercheurs, bien entendu, mais aussi par tous ceux de nos concitoyen(ne)s qui veulent se faire une idée exacte des réalités de la migration. Il faudrait aussi qu’il soit lu par les détenteurs de fonctions administrative et par les responsables politiques – du moins par ceux – il en existe sûrement – qui ont conservé assez d’indépendance d’esprit pour se soucier de la vérité. Car cette enquête montre très bien, en creux, ce que pourrait être une politique de l’immigration respectueuse aussi bien des faits que des droits fondamentaux de toute personne humaine, migrants compris.

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